Le quartier Pissevin, à Nîmes, vit une transformation profonde. Entre destruction de tours, réaménagement des espaces publics et maintien d’une pression policière forte, le territoire tente de tourner une page tout en faisant face à des difficultés sociales tenaces. Reportage sur un secteur en pleine mutation.
Pissevin, ce sont 16 000 habitants concentrés dans des grands ensembles construits dans les années 1960 et 1970. Un urbanisme vertical, souvent décrit comme un labyrinthe, qui a favorisé l’installation de points de deal. Mais depuis plusieurs mois, les pelleteuses sont entrées en action. La rénovation urbaine doit changer le visage du quartier, sans effacer les problèmes de fond.
Pissevin : un projet de rénovation urbaine à plusieurs centaines de millions d’euros
Le programme de renouvellement urbain des quartiers Ouest de Nîmes, qui englobe Pissevin et Valdegour, atteint un montant de 463 millions d’euros. Une somme considérable, financée par l’ANRU, la Ville de Nîmes, Nîmes Métropole et d’autres partenaires institutionnels. L’objectif affiché est clair : désenclaver le secteur, casser l’effet « cité » et créer un vrai quartier de ville.
Le 24 juillet dernier, le chantier a officiellement été lancé. Parmi les premières opérations, la démolition des tours de la Cité Matisse, prévue pour le 6 avril 2025. Un symbole fort pour les habitants qui attendent ce renouveau depuis des décennies. Mais aussi un test grandeur nature pour les équipes techniques chargées de mener cette métamorphose.
- Lancement officiel
Le programme de 463 millions d'euros démarre le 24 juillet dernier.
- Démolition des tours Matisse
Prévue le 6 avril 2025, c'est la première grande étape symbolique.
- Place Roger-Bastide
Visite du ministre et création d'un poste de police à venir.
- Équipements publics
Nouveau groupe scolaire et centre social au programme.
- Voiries et résidentialisation
Reconnexion du quartier avec la ville et sécurisation des entrées.
Les quatre chantiers majeurs qui vont redessiner le quartier
Quatre piliers structurent cette rénovation urbaine. D’abord, la résidentialisation des immeubles conservés, avec des entrées sécurisées et des halls fermés. Ensuite, la création de nouvelles voiries pour reconnecter Pissevin au reste de la ville. Troisième axe : la construction d’équipements publics neufs, comme un groupe scolaire et un centre social. Enfin, la réhabilitation énergétique des logements restants, pour sortir des passoires thermiques.
Ce programme ne se limite pas à ravaler des façades. Il s’attaque à la trame urbaine, à la circulation, à la place de la voiture et aux espaces verts. L’idée est d’aérer un bâti trop dense, qui a longtemps joué en faveur des trafics et des plans de fuite. Chaque démolition est pensée comme une ouverture, un nouveau passage pour les piétons, un axe plus lisible pour les forces de l’ordre.
Délinquance et trafics : la sécurité, condition sine qua non de la revitalisation
Impossible d’aborder Pissevin sans évoquer la délinquance et les trafics de stupéfiants. Le quartier est régulièrement cité comme l’un des points les plus chauds de l’arc méditerranéen pour le narcobanditisme. Les points de deal se déplacent au gré des opérations de police, mais persistent. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu place Roger-Bastide en personne pour constater les dégâts et annoncer des moyens supplémentaires.
La création d’un nouveau poste de police, financé par l’État, fait partie des mesures annoncées. L’installation de caméras supplémentaires et le déploiement d’unités spécialisées dans la lutte contre le narcobanditisme sont également en cours. La sécurité est posée comme un préalable à toute réussite du projet urbain. Car si les murs tombent, les réseaux, eux, s’adaptent.
Le labyrinthe urbain, un allié pour les réseaux criminels
Les architectes des années 1960 ont conçu Pissevin comme un enchevêtrement de barres, de tours et de passerelles. Une architecture pensée pour créer des liens sociaux, mais qui s’est révélée difficile à surveiller. Les trafiquants ont vite compris l’intérêt de ces aménagements complexes : des angles morts, des issues multiples, des toits accessibles.
La rénovation urbaine attaque directement ce problème. En simplifiant la circulation, en éclairant mieux les passages et en créant des lignes de vue dégagées, elle rend le travail des policiers moins compliqué. Mais les challenges sociaux, eux, ne se règlent pas à coups de bulldozers. Le chômage, la précarité et l’échec scolaire restent des terreaux fertiles pour l’économie parallèle.
Revitalisation : quel avenir pour les habitants de Pissevin ?
Au-delà du béton, se pose la question de l’humain. Les associations locales, les travailleurs sociaux et les habitants eux-mêmes sont associés aux décisions. Des ateliers de concertation sont organisés régulièrement. Chacun peut donner son avis sur les futurs espaces publics, les horaires des chantiers ou la localisation des nouveaux équipements.
| Chantier | Description | Échéance prévisionnelle |
|---|---|---|
| Démolition des tours Matisse | Destruction de deux barres de 12 étages, soit environ 200 logements | Avril 2026 |
| Résidentialisation des immeubles conservés | Clôtures, digicodes, éclairage renforcé | 2025-2027 |
| Nouveau groupe scolaire Michel-Brisset | Construction d’un équipement moderne pour 400 élèves | Rentrée 2026 |
| Réhabilitation thermique | Isolation extérieure, remplacement des fenêtres et des chaudières | 2025-2028 |
Les habitants attendent beaucoup de ces travaux. Pour beaucoup, c’est l’espoir d’un cadre de vie digne, enfin réparé. D’autres restent sceptiques, se souvenant des promesses passées. Une habitante rencontrée sur place résume le sentiment général : « On veut voir des résultats, pas juste des excuses. » Le chantier est suivi de près par les associations de quartier, qui jouent un rôle de vigie.
La question du relogement des familles concernées par les démolitions reste un point sensible. La ville de Nîmes assure que chaque ménage a reçu une proposition personnalisée, avec une priorité donnée aux demandes de maintien dans le quartier ou à proximité. Des aides au déménagement sont aussi prévues, mais les délais inquiètent.
La réussite de ce projet ne se mesurera pas seulement au nombre de logements neufs ou d’arbres plantés. Elle se jouera sur la capacité à offrir une réelle alternative aux jeunes qui n’ont pour horizon que le trafic. Des dispositifs d’insertion professionnelle sont en cours de déploiement, avec des clauses de formation dans les marchés publics de la rénovation.
- Création d’une régie de quartier pour l’entretien des espaces verts
- Mise en place d’un chantier d’insertion sur la réhabilitation thermique des bâtiments
- Partenariat avec les lycées professionnels pour des stages sur les chantiers
- Financement d’un bus de quartier pour désenclaver Pissevin des transports en commun
Pissevin est à un carrefour. Jamais un tel budget n’avait été mobilisé pour ce territoire. Jamais les pouvoirs publics n’avaient semblé autant décidés à s’attaquer aux racines du mal, qu’elles soient urbanistiques ou sécuritaires. Le pari est risqué, le chemin est long, mais les premières pierres sont posées. Il reste maintenant à prouver que cette revitalisation profitera d’abord à celles et ceux qui font vivre le quartier.
Ce que la rénovation ne résoudra pas
Est-ce que la démolition des tours va vraiment calmer les trafics ?
Pas tout de suite. Les points de deal se déplacent souvent pendant les travaux. Mais les nouvelles voiries et les caméras rendent la surveillance plus facile, donc les trafics ont moins de planques.
Quand est-ce que le chantier de la cité Matisse commence ?
La démolition est programmée au 6 avril 2025. Le lancement officiel du chantier d'ensemble a eu lieu le 24 juillet dernier.
Ça vaut le coup d'aller vivre à Pissevin pendant les travaux ?
Question de patience. Les loyers sont attractifs et la rénovation promet un cadre plus agréable. Mais attendez-vous aux nuisances de chantier et à une pression policière encore visible.
Comment la police compte s'y prendre pour sécuriser le quartier ?
Un nouveau poste de police va être construit, avec des caméras et des unités spécialisées. Le but est de simplifier le labyrinthe des immeubles pour mieux surveiller.
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Bordelais né en 1983, ancien élève de l’école Boulle devenu journaliste spécialiste du patrimoine bâti. Il s’installe à Bergerac en 2020 pour suivre de plus près les ateliers et les chantiers du Sud-Ouest, puis fonde le média deux ans plus tard.
3 commentaires
De la terre à la tour, tout se transforme. J’espère que les habitants seront les artisans du changement.
Entre destruction et reconstruction, l’important est de garder la mémoire, comme la patine d’un meuble.
Merci Sacha pour ce reportage. 463 millions, c’est un sacré budget ! J’espère que les habitants seront associés aux choix.