Roubaix engage une transformation ambitieuse pour revitaliser les quartiers de l’Épeule et de l’Alma

Roubaix engage une transformation ambitieuse pour revitaliser les quartiers de l’Épeule et de l’Alma

À Roubaix, la politique de la ville change de cap. La nouvelle municipalité, menée par David Guiraud, a déposé un dossier de dérogations auprès de l’ANRU pour stopper plusieurs démolitions programmées dans les quartiers de l’Épeule et de l’Alma. Cette transformation ambitieuse vise à revitaliser ces secteurs en misant sur la réhabilitation plutôt que sur la destruction.

Roubaix engage une transformation ambitieuse pour revitaliser ses quartiers

Depuis l’élection municipale de mars 2026, la ville de Roubaix redessine son développement urbain. La promesse de campagne était claire : s’opposer aux démolitions massives du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Myriam Cau, adjointe à l’urbanisme, porte ce dossier avec détermination. Elle connaît bien le sujet pour avoir milité au sein du collectif anti-démolition de l’Épeule.

Le projet local ne remet pas en cause l’ensemble du programme. Il cible les destructions jugées inutiles, notamment celles qui touchent des bâtiments encore en bon état. Les panneaux annonçant les travaux restent visibles dans plusieurs quartiers, mais les bulldozers pourraient ne pas passer partout.

Démolition ou réhabilitation ? Le match à Roubaix
QuartierÉléments concernésPosition de la mairie
Épeule5 courées, résidence des Trois-Arbres, rue des OgiersAnnulation des démolitions, réhabilitation partielle
ÉpeuleCité BelDémolition acceptée
AlmaImmeubles historiques de Gilles NeveuxArrêt des démolitions, réhabilitation
AlmaÎlots insalubres, anciens locaux de la RedouteDémolition acceptée

Un dossier de dérogations négocié avec les partenaires

Pour obtenir gain de cause, la mairie a dû convaincre la Métropole européenne de Lille, la Fabrique des quartiers, l’Établissement public foncier et les bailleurs sociaux. Les discussions ont été longues, mais un accord a finalement été trouvé avec la MEL. Le dossier, désormais commun, sera présenté en septembre devant l’ANRU.

La réponse est attendue en novembre 2026 lors du Comité national d’engagement de l’ANRU. Myriam Cau se montre confiante : « On n’obtiendra pas tout, mais je pense qu’on aura l’essentiel ». Elle s’appuie sur l’exemple de Grenoble, où le quartier de l’Arlequin a réussi à sauver plusieurs immeubles grâce à une mobilisation similaire.

Épeule et Alma : deux quartiers, des combats distincts

Le dossier de dérogations ne concerne pas tous les secteurs de la même manière. Sur le Pile et les Trois-Ponts, le programme de renouvellement est déjà trop avancé pour être modifié. L’attention se concentre donc sur l’Épeule et l’Alma, où les destructions restent à venir.

À l’Épeule, sauver les courées et les résidences emblématiques

Cinq courées sont menacées. La mairie milite pour les conserver, quitte à accepter des ajustements. Démolir une ou deux maisons pour créer un jardin partagé reste envisageable. L’objectif est d’améliorer le cadre de vie sans effacer l’identité du quartier. La résidence des Trois-Arbres, rue des Tilleuls, et les immeubles de la rue des Ogiers sont également concernés par la demande de sauvegarde.

Tout ne peut pas être conservé. La destruction de la Cité Bel, par exemple, est actée. Myriam Cau reconnaît que la réhabilitation coûterait trop cher. « On préfère se concentrer sur le reste », explique-t-elle. En revanche, elle soutient pleinement le projet d’extension du parc Brondeloire et la reconstruction du centre social du Nautilus.

À l’Alma, préserver un patrimoine architectural remarquable

L’Alma possède des immeubles signés de l’architecte Gilles Neveux, avec leurs célèbres têtes d’animaux en briques rouges. Un collectif d’habitants s’est battu pour les sauver. Son porte-parole, Florian Vertriest, est d’ailleurs devenu conseiller municipal en mars 2026. La nouvelle équipe veut transformer ces bâtiments plutôt que les raser.

Certains îlots insalubres resteront voués à la démolition. La mairie ne s’oppose pas au projet de dégager un parvis devant les anciens locaux de la Redoute. Le combat se concentre sur les structures qui peuvent encore accueillir des logements de qualité.

Quartier Éléments concernés Demande de la mairie
Épeule 5 courées, résidence des Trois-Arbres, rue des Ogiers Annulation des démolitions, réhabilitation partielle
Épeule Cité Bel Démolition acceptée
Alma Immeubles historiques de Gilles Neveux Arrêt des démolitions, réhabilitation
Alma Îlots insalubres, anciens locaux de La Redoute Démolition acceptée

Un surcoût assumé pour un renouvellement plus respectueux

Remplacer des démolitions par des réhabilitations coûte plus cher. L’adjointe à l’urbanisme évoque « plusieurs dizaines de milliers d’euros en plus », sans pouvoir préciser qui paiera la différence. Une chose est sûre : le financement devra être négocié après l’accord de l’ANRU.

Cette transformation ambitieuse s’inscrit dans un projet local plus large. La construction du tramway, la végétalisation des espaces publics et la rénovation des écoles font partie du même mouvement. Roubaix mise sur la qualité du bâti et la mémoire ouvrière pour attirer de nouveaux habitants.

La bataille engagée par la municipalité est suivie de près par les associations de quartier. Si la réponse de novembre 2026 est positive, ce sera une victoire pour ceux qui ont refusé de voir leur histoire effacée. Les prochains mois diront si l’ANRU accepte d’infléchir sa trajectoire.

Pour l’heure, les habitants retiennent leur souffle. Sur les murs de l’Épeule, des messages expriment leur attachement au quartier. Des mots simples, qui résument toute l’enjeu : ici, on ne démolit pas la mémoire.

Les questions qui dérangent à Roubaix

Est-ce que toutes les démolitions sont annulées à Roubaix ?

Pas du tout. La ville ne demande que des dérogations partielles. Cité Bel, anciens locaux de la Redoute et certains îlots insalubres seront bien démolis.

Pourquoi la réhabilitation coûte-t-elle plus cher que la démolition ?

Rénover des bâtiments anciens demande de respecter les normes actuelles, traiter l'amiante, refaire les façades. Raser puis reconstruire paraît plus simple sur le papier, mais le coût social et patrimonial est lourd.

Ça vaut le coup de s'opposer à l'ANRU, non ?

L'exemple de Grenoble montre que ça peut marcher. Le quartier de l'Arlequin a sauvé plusieurs immeubles grâce à une mobilisation identique. Le dossier roubaisien suit la même voie.

Quand saura-t-on si les immeubles de l'Alma sont sauvés ?

Le comité national d'engagement de l'ANRU doit rendre sa réponse en novembre 2026. D'ici là, les habitants peuvent suivre les discussions lors des conseils municipaux.

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