Pendant quinze ans, Estelle Quilici a observé depuis sa fenêtre une vieille maison de pierre se dégrader, sans oser y croire. Puis un jour, elle a poussé la porte. Ce qu’elle a fait de cette bâtisse de pêcheur, à Omonville-la-Rogue, mérite le détour.
Voici l’histoire d’une rénovation complète, menée avec patience et amour du patrimoine, dans le Cotentin.
La maison de pêcheur attendait depuis quinze ans
C’était la maison de Gaston, pêcheur à Omonville-la-Rogue, dans la Manche. Un personnage si attachant que le groupe La Rue Kétanou l’a immortalisé dans une chanson, sous le surnom de « capitaine de la barrique ». Pendant quinze ans, Estelle Quilici, décoratrice d’intérieur, a contemplé cette façade fatiguée depuis son propre salon, sans imaginer qu’elle deviendrait un jour la sienne.
Le déclic est venu pendant le confinement. Avec son mari, elle a sauté le pas et racheté la bâtisse et sa grange attenante, deux volumes séparés depuis toujours. L’objectif : les réunir pour créer une seule et même maison, adaptée à leur vie de famille.
| Élément | Avant | Après |
|---|---|---|
| Bâtisse et grange | Deux volumes séparés | Une seule maison réunie |
| Ruisseau Vallace | Invisible depuis longtemps | Élément central avec ponton |
| Fenêtres | Façade fatiguée | Agrandies, vue sur l'église |
| Intérieur | Espaces cloisonnés | Ouvert, moderne, chaleureux |
| Décor | Anciens objets oubliés | Pièces de décoration chinées |
Un projet fou pour préserver le patrimoine local
Le chantier a duré deux ans. Il a fallu abattre des cloisons, créer des ouvertures, poser de nouveaux linteaux en pierre locale. Le vrai trésor du lieu ? Un ruisseau, la Vallace, qui serpentait entre la maison et le jardin, invisible depuis longtemps.
Les propriétaires ont choisi d’en faire l’élément central de l’aménagement. Un petit pont franchit désormais le cours d’eau, et les fenêtres ont été agrandies pour offrir une vue sur l’église du XIIIe siècle et le jardin public du village. L’architecture d’origine a été respectée, tout en apportant une vraie modernité.
- Ouvertures agrandies et linteaux en pierre locale
- Création d’un passage entre la grange et la maison
- Construction d’un ponton au-dessus du ruisseau
- Jardin redessiné avec des hortensias
- Conservation de l’escalier d’origine
La transformation intérieure : entre mémoire et modernité
Dans cette maison de pêcheur de moins de 80 m², chaque recoin a été pensé pour être utile et chaleureux. L’ancien crochet à paniers de pêche trône toujours au mur. L’escalier d’époque a été conservé. Les meubles viennent des brocantes du coin, et les vieux bateaux du mari trouvent une place de choix dans le décor.
cette rénovation rappelle que le patrimoine n’est pas figé. Une bâtisse peut se transformer tout en gardant son histoire. C’est exactement ce que les propriétaires ont fait, avec une exigence rare.
Les objets cachés deviennent des pièces de décoration
Estelle Quilici est décoratrice et autrice d’un ouvrage sur la « décoration des émotions ». Sa méthode ? Partir des objets et des couleurs. Un volet ancien dissimule la buanderie. Une baignoire en zinc récupérée dans le Perche cache le tuyau d’arrosage. Un vieux trumeau retrouve une seconde vie.
À l’étage, l’atmosphère change radicalement. Boiseries inspirées des îles Anglo-Normandes, interrupteurs en porcelaine Fontini, gaines électriques apparentes, poutres anciennes : tout évoque une maison de bord de mer anglaise. Un poêle diffuse une chaleur douce. La salle de bains ouverte, avec sa baignoire centrale, transforme la pièce en suite d’hôtel de charme.
La couleur comme signature de cette rénovation en Normandie
Chez Estelle Quilici, la couleur ne laisse rien au hasard. « Ma démarche est très instinctive. Pour savoir ce que je vais réaliser lorsque j’arrive dans une maison, je sais d’abord quelles couleurs je vais utiliser », confie-t-elle. Un plafond vert surprend dans le salon. À l’étage, des teintes chaleureuses remplacent d’anciens murs jaunes.
Les associations sont osées : rayures et fleurs mêlées, vieux matériaux et pièces modernes. Cette liberté crée une atmosphère unique, qui fait la signature de son travail.
Un lieu de vie pensé pour être partagé
La maison accueille aujourd’hui amis, enfants et parfois des voyageurs de passage en location saisonnière. Tout est conçu pour offrir une expérience complète : travailler, dormir, allumer un feu de cheminée, prendre un bain enveloppant.
Cette transformation n’aurait pas été possible sans une connaissance fine des matériaux et des techniques.
| Pièce | Avant | Après |
|---|---|---|
| Salon | Cloisonné et austère | Ouvert sur le jardin et le ruisseau |
| Cuisine | Exiguë et sombre | Espace traversant, vue sur l’église |
| Salle d’eau | Vétuste | Baignoire en zinc, carrelage ancien |
| Grange | En ruine | Chambre d’amis et atelier |
Une histoire de famille et de patience
Corse d’origine, Estelle Quilici n’avait aucun lien avec la Normandie. Ce sont les grands-parents de son mari qui tenaient un patronage parisien pour enfants et ont ancré la famille dans le Cotentin, génération après génération. Cette région est devenue leur second port d’attache.
La maison de Gaston, elle, aurait pu disparaître. Elle est aujourd’hui un exemple de rénovation réussie, respectueuse du patrimoine et tournée vers l’avenir. Une preuve qu’avec du temps et de l’amour, une vieille bâtisse peut devenir un véritable refuge.
Alors, et si la prochaine maison qui vous fait rêver était juste en face de chez vous ?
On dit tout, même ce qui dérange
Est-ce que la maison se visite ?
Elle est parfois louée en saison, mais ce n'est pas un musée. Le mieux reste de passer devant et d'admirer le jardin depuis le chemin.
Ça a coûté cher de rénover une vieille bâtisse comme ça ?
L'article ne donne pas de chiffres, mais deux ans de travaux avec linteaux en pierre et remise aux normes, ça chiffre vite. Le secret, c'est de faire beaucoup soi-même et de chiner.
Faut-il un architecte pour ce genre de projet ?
Pas obligatoire, mais une bonne connaissance des matériaux aide. Estelle est décoratrice, elle savait exactement où elle allait.
Le ruisseau dans le jardin, c'est une contrainte ou un atout ?
Un vrai atout ici, puisqu'il est devenu l'élément central avec un petit pont. Dans d'autres cas, il faudrait vérifier les règles d'urbanisme avant de toucher au moindre cours d'eau.
Et de votre côté, comment ça se passe ? On vous écoute
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Bordelais né en 1983, ancien élève de l’école Boulle devenu journaliste spécialiste du patrimoine bâti. Il s’installe à Bergerac en 2020 pour suivre de plus près les ateliers et les chantiers du Sud-Ouest, puis fonde le média deux ans plus tard.