En ouvrant la porte de la vieille ferme, Thomas et Claire ont eu la surprise de leur vie. Derrière les murs noircis se cachait un manoir du XVIIe siècle. Et dans l’aile sud, une ancienne porcherie avec ses auges. Cette acquisition a tout changé.
Le hasard d’une acquisition qui révèle le manoir familial
Tout commence à l’automne 2021. Le couple visite une maison dans un hameau près de Bergerac. Ils cherchent une résidence secondaire, rien de plus. L’annonce mentionne une « longère en pierre à restaurer ». Sur place, la bâtisse impressionne par son volume. Les couloirs s’enchaînent sur trois niveaux.
Le notaire les arrête : « Vous savez que le domaine s’appelait La Porcherie ? » Le nom ne dit rien aux visiteurs. Pourtant, Thomas se souvient d’une lettre de son grand-père. L’aïeul évoquait une propriété familiale perdue. La boucle se boucle.
- Fouillez votre arbre généalogique
Un nom de lieu peut réveiller un ancêtre. Vérifiez les archives avant de signer.
- Augmentez le budget
Prévoyez au moins un tiers de plus que le premier devis. Le chantier a coûté 450 000 euros au lieu de 250 000.
- Choisissez des artisans locaux
Ceux du bâti ancien connaissent la chaux et la pierre. Évitez les généralistes.
- Gardez les traces du passé
Une auge ou un anneau dans le mur a plus de valeur qu'une surface lisse.
- Rencontrez le voisinage avant d'acheter
Les voisins seront vos alliés pendant les travaux. Ils en ont vu d'autres.
Une ancienne porcherie pleine de souvenirs
Il faut du courage pour imaginer le faste passé. L’aile sud servait de porcherie depuis les années 1930. Les auges en pierre, les anneaux scellés dans le mur, l’abreuvoir creusé dans un bloc de grès : tout est encore là. Les murs conservent des traces de fumier et d’humidité.
Le couple engage alors des recherches aux archives départementales. Un acte de 1685 mentionne la construction du manoir par Pierre de la Forge, un aïeul de Thomas. La bâtisse a été vendue en 1920 par une arrière-grand-tante, puis transformée en exploitation agricole. La porcherie s’est installée là où l’on recevait autrefois les invités.
Ce passé n’effraie pas les nouveaux propriétaires. Il raconte une histoire, celle d’une région où les demeures se sont adaptées aux besoins des fermes. Le couple signe l’acquisition au printemps 2022, au hasard d’une annonce tombée du ciel.
Une restauration entre travaux et patrimoine
Le chantier a duré plus de trois ans. La charpente menaçait de s’effondrer, la toiture était percée en plusieurs endroits. Les artisans du voisinage ont été mobilisés dès le départ. Un charpentier de Monpazier, une maçonne spécialisée dans la pierre sèche, un couvreur qui récupère les tuiles anciennes. Chaque étape a demandé du temps et de l’argent : 450 000 euros au total, contre 250 000 prévus au départ.
| Étape du chantier | Durée | Corps de métier | Coût estimé |
|---|---|---|---|
| Mise hors d’eau | 8 mois | Couvreur, charpentier | 120 000 € |
| Consolidation des murs | 6 mois | Tailleur de pierre, maçon | 95 000 € |
| Restauration des intérieurs | 14 mois | Menuisier, peintre, électricien | 150 000 € |
| Aménagement de l’ancienne porcherie | 6 mois | Plombier, carreleur | 85 000 € |
Les artisans qui ont fait renaître le manoir
Le chantier doit beaucoup aux rencontres. Le charpentier, âgé de 63 ans, a transmis son savoir-faire à un apprenti du pays. La maçonne a repris les gestes de ses grands-parents, avec un mortier de chaux et des enduits à l’ocre. Les ferronneries ont été forgées par un artisan installé à quelques kilomètres. Ce maillage local a donné une âme à la restauration.
Le couple a tenu à conserver des traces de la porcherie. Les anneaux scellés décorent désormais le mur de la cuisine. Une auge sert de jardinière dans la cour. Une autre a été transformée en bac à chaise pour le salon d’été. Personne n’oublie ce que le lieu a traversé.
L’héritage du couple, au-delà des murs
Depuis 2026, les chambres d’hôtes du manoir affichent complet plusieurs mois à l’avance. Thomas et Claire y accueillent des curieux et des amoureux du patrimoine. Chaque matin, ils racontent l’histoire du domaine. La porcherie, les années agricoles, le regain de vie. Leur aventure a même inspiré une association locale de sauvegarde des petites demeures du Périgord.
Si vous vous lancez dans une aventure similaire, retenez ces repères.
- Faire des recherches généalogiques avant de signer : un nom de lieu peut révéler un ancêtre.
- Prévoir un budget supérieur d’au moins un tiers au premier devis.
- Choisir des artisans du bâti ancien plutôt que des entreprises généralistes.
- Conserver les traces du passé : une auge ou un anneau vaut mieux qu’un mur lisse.
- Rencontrer le voisinage avant l’achat, car il sera un allié précieux pendant les travaux.
Le manoir est redevenu un lieu de vie. Les enfants du couple aident pendant l’été, les voisins apportent leurs confitures. Thomas et Claire préparent déjà la suite : une souscription pour restaurer le colombier du XVIIIe siècle qui jouxte la cour. Une façon de poursuivre l’héritage, du fumier au colombier.
Quand une porcherie cache un manoir
Est-ce que ce genre de découverte arrive souvent ?
Rarement. La plupart des annonces ne cachent pas un manoir. Mais des recherches aux archives peuvent révéler des surprises.
Faut-il vraiment prévoir un budget plus élevé que le devis ?
Presque toujours. Ici, le chantier est passé de 250 000 à 450 000 euros. Mieux vaut garder une marge d'un tiers.
Ça vaut le coup de garder les anciens éléments comme les auges ?
C'est une très bonne idée. Les anneaux et les auges racontent l'histoire du lieu. Cela plaît énormément aux visiteurs.
Combien de temps a duré la restauration ?
Plus de trois ans. Huit mois pour la mise hors d'eau, quatorze pour les intérieurs. Le temps de faire les choses proprement.
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Bordelais né en 1983, ancien élève de l’école Boulle devenu journaliste spécialiste du patrimoine bâti. Il s’installe à Bergerac en 2020 pour suivre de plus près les ateliers et les chantiers du Sud-Ouest, puis fonde le média deux ans plus tard.